Ce qui s’est dit… le 08/03/2015

« Nicki Minaj, Tupac Shakur et la Mère Denis, ces féministes insoupçonnés » par BFMTV

Alexandra Gonzales a sélectionné 4 de nos 30 féministes, sur lesquels elle réalise un focus animé de photos et de vidéos. Des personnalités qui s'y prêtent !

Nicki Minaj, Tupac Shakur et la Mère Denis, ces féministes insoupçonnés,

par Alexandra GONZALEZ

 

Un livre retrace le parcours de trente féministes complètement inattendus, et s’éloigne des figures habituelles et historiques du mouvement. BFMTV.com a rencontré son auteur à l’occasion de la Journée internationale de la Femme.

A l’évocation du mot “féminisme”, certains ne peuvent s’empêcher de hausser les sourcils, voire de tourner les talons. Cela n’a pas arrêté la journaliste Johanna Luyssen. La jeune femme, qui regrette ces clichés, vient de publier un livre dans lequel elle raconte à contre-courant “ce formidable mouvement social et politique”, et montre que “le féminisme est hétérogène, et mélange de très nombreuses références”.

“On peut aussi bien aimer Nicki Minaj et Simone de Beauvoir: les figures historiques du féminisme, passées et actuelles, ne sont pas incompatibles avec des personnes parfois plus inattendues”, explique-t-elle à BFMTV.com. »C’est vivre de façon non-sexiste »

 

C’est ainsi qu’est né l’ouvrage “Les 30 féministes que personne n’a vus venir”, sorti jeudi aux éditions Contrepoint. Le livre, écrit avec intelligence et préfacé par la chanteuse Beth Ditto, emprunte des chemins de traverse pour raconter comment des personnalités issues de la pop culture, du monde catholique, ou des médias ont eux aussi contribué au féminisme.

Une « très belle cause » que Johanna Luyssen résume par ces quelque mots: “Etre féministe aujourd’hui, que l’on soit un homme ou une femme, c’est vivre de façon non-sexiste. Maintenant que nous avons gagné un certain nombre de combats politiques en France, il nous faut refuser d’être assimilé à son genre et enfermé dans un stéréotype. Et ça, c’est un travail énorme! »

Alors que le 8 mars célèbre les droits de la femme dans le monde, BFMTV.com a choisi quatre personnalités parmi les trente dont le portrait est dressé dans l’ouvrage, et demandé à Johanna Luyssen d’expliquer son choix.

  • Nicki Minaj

Peut-on « twerker » et être féministe? Johanna Luyssen s’est interrogée sur la chanteuse Nicki Minaj, une des plus écoutées actuellement sur la scène hip-hop et rap.

A travers ses clips, elle soulève la question de l’hypersexualisation. En réalité, ce n’est qu’un personnage qu’elle incarne, qui se joue des clichés du hip-hop pour mieux les détourner. Elle revendique et assume son fessier en permanence. Mais par exemple, à la fin de son clip Anaconda (voir ci-dessous), elle envoie valser le jeune homme devant lequel elle s’agite. Certes, ce n’est pas une figure intellectuelle de premier plan, mais au moins, le féminisme de Nicki Minaj nous dit ceci: « Mon cul m’appartient ». Et c’est déjà une bonne nouvelle. »

  • La Mère Denis

Fille de paysans normands, la Mère Denis, lavandière débonnaire, a connu la célébrité à 79 ans lorsqu’un publicitaire lui a demandé d’incarner son personnage à la télévision pour les machines à laver Vedette. « Pourquoi pas, mais ça va me coûter combien? », aurait répondu la joviale vieille dame. Sa réplique « Ca, c’est ben vrai, ça! », prononcé avec l’accent, est resté culte.

« C’est avant tout une battante, qui a eu plusieurs vies, plusieurs époux, plusieurs enfants. A travers cette publicité, elle a signé la fin d’une époque où la femme lavait son linge à la main, pour être à l’avènement de l’arrivée des femmes actives, qui délèguent les tâches ménagères à des nouvelles technologies – comme le lave-linge- », explique Johanna Luyssen.

  • Tupac Shakur

Connu sous le nom de scène de « 2Pac », Tupac Shakur est une figure incontournable du gangsta rap américain des années 90. Un choix audacieux pour représenter le féminisme. Et pourtant…

« Tupac Shakur avait une certaine appétence pour la condition de la femme. Il a grandi dans le militantisme, avec une mère et une tante activistes des Black Panthers », raconte la journaliste. « Il a composé des chansons très belles sur les filles-mères, et les femmes noires des quartiers pauvres. Keep ya head up par exemple est un hymne à la fierté féminine, dans laquelle 2Pac dénonce la culture du viol qui sévit dans le ghetto. Il a donné une existence à ces Afro-Américaines victimes du racisme comme du sexisme ».

  • Paul Milliez

Moins connu des jeunes générations, Paul Milliez, médecin bourgeois, anti-avortement, et catholique fervent, n’avait absolument pas le profil pour être un jour considéré comme féministe. C’est son courage un jour de 1972 qui lui vaut pourtant d’être dans cet ouvrage.

« Gisèle Halimi lui a demandé de témoigner lors d’un procès contre une jeune adolescente qui s’était faite avorter après un viol. Un acte illégal à l’époque. Paul Milliez, malgré ses convictions profondes anti-avortement, est allé à la barre pour expliquer qu’il aurait pu être ce médecin qui avait interrompu la grossesse de cette adolescente. Un témoignage qui lui a notamment valu un blâme de l’Ordre des médecins. Mais Paul Milliez avait compris que le féminisme n’a guère à voir avec la gauche ou la droite, mais beaucoup avec la soif de la justice. »